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Les manches d'outils et couteaux

Dernière mise à jour : 28 janv.

L'utilisation du bois dans le métier de taillandier pour les manches, reste crucial car il est considéré comme un consommable. Sa durabilité dans le temps doit donc être maximale afin que le manche ne soit pas changé tout les ans.

Même si à notre échelle d'artisan, on dira que ce n'est qu'un grain de sable en terme de consommation, je reste convaincu que c'est avec des petites rivière qu'on fait de grands fleuves.













1.Quel bois pouvons nous utiliser pour les manches d'outils ?


Tous les bois peuvent être utilisés pour les manches, mais il y a effectivement certains mythes qui trainent sur les meilleurs bois à utiliser tel que le cornouiller. Je dirais plutôt que le biotope où l'arbre a poussé est tout aussi important que la sélection de l'essence. En effet, un frêne qui à poussé à 1000m d'altitude dans une combe peu ensoleillée sur un sol calcaire et avec une croissance lente sera probablement plus dense que ce même arbre qui a poussé dans un climat tempéré avec une exposition équilibrée.

Cernes d'un chêne

La cerne définie la densité du bois en fonction de sa croissance



Le bois de printemps est, comme son nom l'indique, la partie du cerne annuel de croissance qui s'est formée pendant la première partie de la période de croissance. Les trachéides à membrane fine dans les bois résineux, et les veines tubulaires ouverts dans les bois feuillus, composent l'essentiel du bois de printemps afin de faciliter la circulation rapide de la sève. Le bois de printemps apparaît généralement comme une large bande de bois plus clair dans chaque cerne annuel de croissance. Le bois d'été est la partie de cerne annuel qui se développe dans la deuxième partie du cerne de croissance. Il produit des cellules à membranes plus épaisses, formant un bois plus dense et plus foncé, moins apte à faire circuler la sève, mais utile au port de l'arbre. À chaque période de croissance annuelle de l'arbre, correspond un cerne bien distinct, révélant ainsi l'âge de l'arbre abattu, ainsi que le type de climat dans lequel il a poussé.


Les feuillus ou les résineux peuvent être utilisés mais tout dépendra du séchage. Le résineux a une tendance à fendre plus facilement que le feuillu, ce qui peu occasionner une certaine fragilité mais surtout une ergonomie peu agréable en main.

On peut distinguer plusieurs usages des bois en fonction de la densité.

En effet on préfèrera utiliser un bois qui comporte une certaine flexibilité pour les outils à manches long telles que les haches, les houes, les binettes... Cette flexibilité rendra le manche moins cassant et sera plus confortable pour l'ouvrier.

On pourra utiliser un bois plus dense pour les petits outils manuels tels que les serpes, serpettes, couteaux...

La plupart des bois que nous trouvons en Europe ont une densité inférieure à 1000kg/m3, ce qui en font des bois qui gardent une certaine élasticité et donc une qualité d'absorption des chocs.

Des manches de haches en bois exotique ne sont absolument pas ergonomiques pour son utilisateur car le transfert de vibration se fera plus ressentir que sur un bois qui encaisse les chocs.


Pour conclure :

Pour les manches d'outils à manche long, il est préférable d'utiliser des manches de feuillus européen à croissance constante.

On peut utiliser des manches plus denses tels que du buis, bois exotique, bois de cerf... pour les petits outils et couteaux. La dureté de ces bois n'altérera pas l'ergonomie et sera à privilégier en raison de sa tenue dans le temps, car un bois dense est plus résistant à la pénétration de l'eau.






2.Sens de la cerne:

Quand on fabrique un manche ,pour certains outils il est important de selectionner le sens du fils du bois si l'on veut avoir de la résistance dans le temps et ainsi éviter les ruptures de fibre et ceux sur les manches qui mesure plus de 50cm.


Sur la photo ci contre , on distingue très bien la fibre du bois qui est dans le sens parallèle de la force alors qu'il devrait être dans le sens perpendiculaire .

La plupart des fabricants d'outils industriel ne prêtent pas attention à ce genre de détails, ce qui n'est pas le cas en taillanderie artisanal .Nous pouvons ainsi doubler la durée de vie d'un manche




La sélection des plateaux chez nos fournisseurs est très importante pou éviter d'avoir trop de cerne vertical .







Sur un plateau , nous avons plusieurs orientations différentes mais il ne faut pas oublier que selon le bois , la part d'aubier est souvent moins résistante ou alors légèrement poreuse ,on prendra soin de vérifier la densité avant utilisation .Bien entendu , nous évitons d'utiliser le coeur (en noir) de la grume qui fend systématiquement.

Cerne vertical : Petit manche d'outils tels que serpette , serpe , plane , petit marteau , ciseaux à bois .....

Cerne horizontal : Long manche tels que les haches à équarrir ,houe , pioche , grelinette , binette .....

Cerne croisé: La cerne croisé offre un compromis pour quasiment tout les outils





3.Bois que j'utilise couramment :

Robinier faux acacia

Le robinier ou faux acacia :

Pour les outils tels que : Houe, pelle, plane, ciseaux à bois, binette, grelinette...


Ce bois est souvent appelé "acacias" à cause de ses épines et de ses feuilles d'un nombre impaire de foliole (foliole=chacune des petites feuilles qui forment une feuille composée). l'acacia est une famille qui regroupe plus de 1500 espèces d'arbre dont on retrouve la majeure partie en Australie.


Le robinier concentre la silice du sol depuis ses racines car il en a besoin pour sa structure. C'est donc pour cela qu'il aime moins les sols calcaires qui sont souvent pauvres en silice.

En fonction de la nature du sol, il sera donc plus ou moins facile à travailler car la silice désaffûte les outils ou encrasse les abrasifs, cependant, il aura une rang de classe 4, ce qui veut dire qu'il peut être en contact permanent avec l’eau douce, car imputrescible.

De par sa couleur jaune caractéristique, il fait un joli bois d'œuvre très souvent utilisé pour des parquets extérieurs pour sa résistance à l'humidité et au champignon.










Frêne :

Frene

Pour les outils tels que : Houe, pelle, ciseaux à bois, plane, binette, grelinette, hache, doloire, masse, marteaux, serpe, serpette...


C'est un des bois les plus couramment utilisé sur les manches d'outils.

C'est mon bois favori!

Il pousse dans presque tout type de sol, (acides, neutres ou basiques).

Il se travaille bien à l'outil coupant ou à l'abrasif, c'est un feuillu à croissance rapide et il est très compliqué à déforester car une fois coupé il repart en multiples rejets depuis son tronc. Ce qui en fait un bois rustique qui s'adapte très bien en moyenne montagne ou dans les plaines. De plus les morilles l'adore!...

En région montagneuse, les cernes d'été rendent le bois un peu plus dense et laissent apparaitre certaines cernes plus foncées ressemblants à des motifs comme le bois d'olivier. Dans nos montagnes, nous l'appelons le frêne-olivier ,bien qu'il soit esthétiquement joli et utilisable pour des manches de couteaux, serpette au autres petits outils manuels, il n'est pas du tout adapté pour les outils de frappe tels que marteaux, haches d’abatage, doloires... car il est trop dur.

Les manches de frêne qui encaissent le plus les chocs, sont les bois qui ont poussé le plus rapidement avec des cernes grossières, mais ça reste au détriment de la durée de vie du manche.









Châtaignier :

Pour les outils tels que : Houe, pelle, ciseaux à bois, plane, binette, grelinette, hache, doloire, masse, marteaux, serpe, serpette...



Le châtaignier a les mêmes caractéristiques que le frêne bien qu'il ne pousse pas dans le même biotope.

Il aime les sols acides et c'est donc pour ça qu'on peut le trouver à proximité de résineux tels que l'épicéa ou sapin mais il n'est pas très adapté au sol calcaire, c'est pour cela qu'on ne le retrouvera pas beaucoup dans les sols du sud.

Le célèbre taillandier Bernard Solon (à Orléans) récoltait à la bonne saison, à la bonne lune les rejets de châtaignier pour la confection de ses manches d'outils de jardin.

Il est en classe 4 comme le robinier ce qui le rend imputrescible mais il a l'avantage /l'inconvénient d'être riche en tanin, ce qui en fait un bois durable mais tout comme le chêne il noirci au contact de l'eau et peu salir les mains quand il n'a pas été ressuyé. Les tanins ont l'avantage de conserver les bois plus longtemps dans le temps, je prend l'exemple des piquets de clôture de champs : Coupés en 4, s'ils ont été coupés à la bonne saison/lune, certains peuvent durer presque 100 ans en extérieur.

Il est beaucoup moins utilisé que ses deux prédécesseurs car il ne pousse pas partout.












Buis :

Pour les outils tels que : serpette, manche de couteaux...




Voici mon 2ème bois préféré.

Envahi par la pyrale du buis en Ardèche et dans la Drôme, il a subit quelques attaques majeures provoquant sa disparition partielle.

C'est un bois qui à une forte densité et qui ne peut pas être utilisé pour tout. On l'évitera sur les outils de frappe tels que des marteaux, masse, hache... Sa dureté fait remonter la vibration dans le bras. On préférera l'utiliser pour les manches de couteaux, de serpette, de plane...

Il est dur à travailler à l'outil coupant mais se travaille très bien à l'abrasif. Son séchage reste cependant très compliqué car les sections de bois sont rarement très grosses et peut fendre facilement lors du séchage. Les anciens disaient que le meilleur séchage du buis était de 5 ans dans un lit de rivière. J'ai essayé cette technique dans l'ancien lieu où j'habitai et où il y avait une rivière mais j'ai malheureusement perdu tout mon stock de buis mis en rivière lors d'une crue a un printemps!..








La récolte de bois en forêt :


Pour les manches de couteaux ou serpette (buis, chêne, cytise, fruitier... ), en ballade le week-end , j'ai toujours sur moi un humidimètre et une mini scie d'élagage. Dans une idée de ne pas déforester, je ne coupe pas de bois vert. Je fais ce qu'on appelle de l'élagage conscient : c'est-à-dire que je regarde comment sont constitués les arbres. Je regarde s'ils ont des maladies ou alors des branches qui leur pompe beaucoup d'énergie, avec mon humidimètre, je regarde si la sève circule dedans et j'opère une taille dans le respect de l'arbre ou alors je récupère des souches mortes.



Bien entendu, ça me limite beaucoup dans le choix du bois et donc dans mes essences, ça me prend beaucoup de temps et surtout beaucoup d'attention. La foret étant pour moi un havre de paix, je considère la récupération de bois plutôt comme une méditation!




Une fois revenu à l'atelier, je débite le bois en carrelet grossier et j’attends que ça fende. Ensuite je débite en carrelet prêt à l'emploi et si j'ai de la chance, quand je reviens le lendemain, ces carrelets finals n'auront pas fendu!! (parfois j'ai moins de chance!..)

Je peux donc utiliser à peu prêt 70% du bois que je ramasse, le reste étant très souvent fendu.

Je donne les petits morceaux qui peuvent être réutilisés à des bijoutiers et le reste part à la cheminée.



Même si j'ai beaucoup de perte, je tiens à faire ça car à chaque fois que je regarde à l'intérieur d'un bois que j'ai ramené, j'ai toujours cette sensation de découvrir un trésor, et pouvoir le valoriser sur un couteau est d'autant plus gratifiant.










Ensuite j'attends que l'humidité résiduelle du bois s'échappe avant de l'utiliser.

En fonction de l'humidité ambiante, j’attends que mon bois soit entre 10% et 12%.























Voilà le travail sur un couteau de cuisine avec une fourche de buis et chêne ébonisé.











Les bois stabilisés :


La stabilisation des bois est surtout utilisée en coutellerie.

En effet étant donné que nous utilisons des épaisseurs assez fines pour les couteaux pliants (cote en bois de 5mm) en fonction de l'orientation de la fibre du bois, ils ont tendance à tuiler (cintrer) quand ils sont en contact avec de l'humidité.

Pour la stabilisation, les bois sont mis dans une étuve pressurisée immergée dans un jus de cactus. La pression fait rentrer le jus dans la fibre du bois afin d'en chasser l'air lui donnant une légère densité supplémentaire.

Le jus peu avoir des pigments naturels afin de colorer le bois comme sur les couteaux ci-contre.












Les fournisseurs :


Nous travaillons avec un grossiste de manche en bourgogne sur les manches standards tels que:

Grelinettes, houe, binette, manche d'étampe...

Toutes les essences qu'ils utilisent, proviennent de France et les bois sont certifié à 75% PEFC



-Manche de petit outils de jardin

Nous avons fabriqué un modèle de manche que nous envoyons à copier pour nos petits outils tels que :

Transplantoir, gouge à désherber, griffe 3 dents...

L'équipe est extrêmement sympathique!


-Bois stabilisé :








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