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La charpente traditionnelle

Dernière mise à jour : 15 avr.

L'atelier LET : L'artisanat traditionnel de la forge et de la taillanderie

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L'atelier LET est en lien étroit avec les charpentiers qui équarrissent leur bois à la hache. Dans cet article, nous allons explorer l'approche de Jeremy sur les métiers artisanaux. Nous donnerons également la parole à Gustave Remon, charpentier itinérant, passionné par le travail du bois pré-industriel que beaucoup appellent la charpente traditionnelle.


Gustave Remon charpentier debout sur une bille de bois en train d'équarrir à la hache
Gustave Remon - Charpentier itinérant. Passionné du travail du bois pré-industriel et d'outils anciens.

La richesse de l'artisanat


La richesse de l'artisanat réside dans la possibilité de mettre une partie de son être, de sa philosophie et de son vécu dans l'œuvre que l'on établit. Un ouvrage terminé découle d'années de pratique, de remise en question, d'échecs, de réussites, de rencontres et de compréhension de la matière. L'ouvrier a toujours une vision globale de son métier. Comme on dit : "avec une recette de pain, on fait 1000 pains différents."


L'artisanat façonne notre égo, modifie notre corps et adapte notre musculature en fonction des outils que nous utilisons. La silhouette d'un artisan reflète la matière qu'il travaille, mais aussi son cœur.


Photo d'un chantier de levage de charpente

L'évolution des techniques de charpente


Les techniques de charpente ont évolué avec l'utilisation de machines (rabots, scies, etc.), ce qui a malheureusement créé une distance entre l'ouvrier et son rapport à la matière. Les entreprises de charpente moderne engloutissent des mètres cubes de bois sans connaître la forme et le milieu de vie de l'arbre, tout comme le paysan est dépossédé de l'équilibre de ses sols.


Les sociétés mondialisées nous poussent à utiliser la matière comme un produit jetable, nous déconnectant de l’essence de ce monde. Cela génère du profit tout en causant des dégâts écologiques considérables, le tout à une vitesse effrénée. L’arrivée du pétrole et de l'électricité a transformé l'énergie humaine en énergie motrice, une aubaine pour ceux qui préfèrent la paresse à l'effort manuel. Ce phénomène a accéléré notre monde, tout comme une voiture qui roule à 200 km/h.


La morphologie humaine a évolué : elle est devenue moins endurante et plus intellectuelle. Une partie de nous se déconnecte physiquement de tout, alors que nous sommes constamment connectés à nos appareils. Le tarissement de ces énergies met en lumière les faiblesses de notre monde moderne, où les sociétés se basent sur des valeurs épuisables et non constantes. La gestion du bois en est un grand exemple.


Depuis le néolithique, l'homme utilise des outils manuels pour se nourrir, se chauffer, construire et cultiver. Peut-être devrions-nous envisager une approche plus lente, où nous serions plus à l'écoute de notre environnement, plus respectueux du vivant et de la matière. Dans une perspective de décroissance, pouvons-nous penser que la technologie du 21ème siècle peut susciter une réelle durabilité pour l'avenir ?


L'usage de la hache existe depuis l'âge de pierre, puis cet outil s'est transformé en fer avec l'arrivée de l'âge du fer. Un saut dans le temps de plus de 3000 ans nous amène jusqu'aux années 60. Le métier de charpentier n'est pas anodin. Le charpentier maîtrise des techniques complexes pour permettre à l'homme de se loger, tout en restant proche d'un écosystème.


Questions à Gustave Remon, charpentier


Voici quelques questions posées à Gustave Remon, charpentier :


Peux-tu décrire en quelques mots le métier de charpentier traditionnel ?


Pour commencer, je n’aime pas spécialement le terme de "charpentier traditionnel". Oui, il est vendeur, mais "traditionnel" de quoi ? Traditionnel français ? Européen ? Du 13ème siècle ? La fermette en citronnier (sapin traité « jaune ») est la charpente traditionnelle du début du 21ème siècle, par exemple.


Gustave Remon qui travaille une poutre à la hache

Moi, je suis charpentier : mon travail consiste à faire un ouvrage bien (techniquement structurel), beau (l’esthétique, l’harmonie visuelle dans un style, le plus de l’artisanat) et bon (éthiquement cohérent) qui répond au mieux aux besoins de mon client. Je fais le choix de travailler au maximum non mécanisé. Actuellement, je peux facilement dire que je travaille à plus de 80% sans machine. Ce choix me donne un cadre dans lequel je joue pour répondre aux questions techniques auxquelles je suis confronté.


Ce qui est généralement appelé charpente traditionnelle, c’est une charpente réalisée avec des assemblages en bois (tenons, mortaises, queues d’aronde...) sans connecteurs métalliques. Dans ce grand monde qu’est la charpente assemblée en bois, il y a ce que certains appellent la charpente en bois de brin, qui consiste à utiliser une bille par poutre sans les refendre en plusieurs pour limiter les déformations du bois. Ce travail se fait généralement avec du bois vert. Une charpente peut sans souci être réalisée en bois vert, et je ne rentrerai pas dans les détails ici, mais pour faire court, le bois sec en charpente, c’est une maladie de la seconde moitié du 20ème siècle ! Avec des arbres de petit diamètre, c’est dans ce contexte que la charpente qui nous intéresse ici est celle où les poutres sont taillées à la hache, car le travail du bois vert permet l’utilisation de cet outil pour le débit (il pourrait aussi être fait à la scie si on le souhaite).


Quelle est ta considération de "l'arbre à l'ouvrage" ?


Pour moi, cette considération est très importante, car dans ma vision un charpentier s’adapte à ses bois. C’est quoi « ses bois » ? Ce sont les arbres autour du chantier à réaliser. Pour moi, la conception d’une charpente naît dans la forêt et donc la proposition que l’on va faire au client. La conception doit prendre en compte les arbres, les moyens de manutention, l’accessibilité du chantier, les moyens de levage, les outils utilisables et les bras disponibles…


Travail du bois à la hache dans une forêt

Aller de « l’arbre à l’ouvrage » demande certes une plus grande implication de l’artisan et un panel de compétences supplémentaires. Mais en contrepartie, cette démarche offre une vraie forme de liberté. Pour simplifier : la seule vraie variable que l’artisan ne contrôle pas, ce sont les arbres accessibles. Le reste, ce sont des choix techniques, économiques et temporels, en grande partie estimables par le charpentier. Ce mode de travail limite les intermédiaires, qui ont eux aussi leurs paramètres à maîtriser. Souvent, ces intermédiaires sont rapidement limités dans leurs services/produits par l’industrie et la standardisation. Par exemple, les limites de longueur de banc de scie, scieries qui ne peuvent pas passer des courbes fortes…


Comment le métier de charpentier se positionne-t-il face aux enjeux de changement climatique ?


À mes yeux, le bois est une excellente solution pour les enjeux climatiques à venir. Mais pour que ce matériau reste pertinent, il faut changer nos manières de le travailler, l’utiliser, le cultiver et le transformer. Bien entendu, l’industrie du bois actuelle est un frein énorme à un changement de direction pertinent. Je vais essayer de me concentrer sur la charpente assemblée en bois sans spécialement aborder les avantages du travail non mécanisé pour ne pas m’éparpiller.


Charpente traditionnelle terminée

Une construction réalisée de manière « traditionnelle » est totalement composable et recyclable. Si l’on prend une maison en pan de bois qui vient à être abandonnée dans le temps, on ne trouvera pas de déchets polluants dans nos sols. Ce même bâtiment est démontable et, si on le souhaite, les bois sont réutilisables, soit pour remonter le même bâtiment en changeant les pièces trop usées, soit pour une nouvelle construction. Si l’on ne veut pas laisser pourrir les bois trop fatigués pour être réutilisés, ceux-ci peuvent servir de chauffage, car ils ne sont pas recouverts de traitements chimiques ou collés sur toute leur longueur.


Pour faire des assemblages, on travaille majoritairement des sections carrées et non pas des sections rectangulaires industrielles. C’est pour cela que le bois de brin est possible. (bois de brin = bois avec cœur et aubier, note de l'éditeur)


Photo de poutres qui viennent d'être fabriquées à la hache au sein d'une forêt

Faire ce type de charpente demande des arbres de plus petit diamètre que ceux recherchés par la majorité des scieries actuelles, qui privilégient les gros diamètres pour des raisons de rentabilité. De plus petits arbres signifient plus d’options de manutention, de débardages et d'abattage moins énergivores. De même, la transformation des bois des grosses scieries n'est plus nécessaire, et la hache redevient efficace ! Cela permet aussi de construire des bâtiments avec des arbres plus jeunes, garantissant que la construction réalisée durera au moins le temps de la régénération de la forêt pour en refaire un. (Pour prendre un exemple : la majorité des charpentes d’églises médiévales ont des bois d’environ 60 ans et de plus de 10 m de long.)


Un autre avantage des assemblages en bois : il n'y a pas ou très peu de quincaillerie nécessaire. Une vis est un chef-d'œuvre de technologie produit par une industrie lourde, pas disponible localement, et qui est de plus très moyennement réutilisable. Ce type de charpente permet aussi de travailler des bois locaux, ce qui limite les coûts et les impacts liés au transport de la matière première.


Un arbre est une ressource exceptionnelle. Si nous acceptons de le travailler différemment, rien n'est "perdu" dans un arbre. Pour cela, il faut réadapter notre société et notre monde des métiers dits « anciens », tels que le charpentier « traditionnel », le tonnelier, le vannier en bois, le charbonnier… Le but n’est pas de travailler à l’ancienne, car nous n'avons pas les mêmes conditions qu’il y a 50, 100 ou 200 ans. Le but est de travailler de manière cohérente avec un monde qui évolue, dans lequel le mode de vie des dernières décennies n’est plus viable.


Quelle place pour les outils taillants dans votre métier ?


Je pense que dans le domaine de la charpente, on peut distinguer trois types de besoins pour des outils taillants. Malgré l’industrialisation, quelques outils taillants ont réussi à garder une place plus ou moins grande au fond des caisses à outils des charpentiers. Le plus répandu reste l’ébauchoir, souvent de 30 mm. Le rabot et la demi-bisaiguë sont les deux autres grands classiques. Selon les artisans, ils sont plus ou moins utilisés, mais ils ont le mérite de ne pas avoir totalement disparu. Dans les entreprises qui font de la charpente assemblée, les outils manuels ont encore une place importante pour les travaux de finition et d’ajustage.


Certains artisans (souvent ceux qui travaillent le bois de brin) ont réintégré la hache ou l’herminette dans leur caisse à outils. L’herminette se trouve dans des ateliers qui l’utilisent majoritairement pour texturer du bois scié et le « vieillir ». La hache a des rôles plus variés. Par endroit, elle servira comme l’herminette : à surfacer des bois sciés pour leur donner un aspect équarri à la main. Son utilisation principale de nos jours reste l’équarrissage de poutres (Ndlr : équarrissage : technique qui vise à produire une section carrée à partir d'un bois rond).


Photo d'une hache utilisée sur une poutre

Le troisième type de caisse où se retrouvent des outils taillants est celle des personnes cherchant à travailler de plus en plus ou uniquement à la main. Dans cette situation, toute la caisse à outils nécessite un forgeron. La hache devient essentielle à mes yeux. Elle devient l’outil de taille et d’ajustage pour beaucoup de choses. Les ébauchoirs et ciseaux à bois retrouvent une utilisation quotidienne.


Sans aller vers un travail de charpente 100% non mécanisé comme je cherche à le faire, je suis persuadé que l’outil manuel a encore totalement sa place. Ceci est d’autant plus vrai dans la situation écologique actuelle. L’un des points importants pour être efficace à la main, c’est de prendre le temps d’apprendre et de maîtriser le geste. Accepter que l’apprentissage est long est quelque chose à réintégrer dans l’artisanat. Un outil à main sur mesure, dans la main d’une personne sachant s’en servir, est d’une efficacité redoutable. La majorité des gens (artisans compris) n’ont jamais utilisé un outil taillant affûté et réglé correctement. Je pense que c’est un point essentiel de nos jours : faire réaliser aux professionnels qu’ils peuvent changer des petites habitudes sans perdre en efficacité.


Gustave Remon charpentier qui travaille une poutre

Un bon outil taillant, c’est comme une bonne machine électroportative : c’est un investissement qui permet de travailler plus confortablement, sans se fatiguer. Si on s'en sert correctement, on gagne en rendement. L’énorme différence entre l’outil taillant et la machine, c’est que l’outil taillant peut être facilement produit localement, entretenu, n’utilise pas d’énergie autre qu'humaine pour fonctionner et n’a pas besoin de matériaux rares pour sa fabrication.

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